La vis tourne dans le vide et le trou ne mord plus rien. Dans une pièce en aluminium, ce scénario arrive vite. La réponse la plus fiable tient en trois mots : filet rapporté hélicoïdal. Cet insert en acier inoxydable recrée le filetage exact d’origine, même diamètre et même pas, dans un logement plus large. Vingt minutes de travail soigné suffisent.
L’alu foire plus vite : une question de dureté
Les alliages d’aluminium tournent souvent autour de 50 à 150 HB quand un acier mi-dur dépasse les 170 HB. Sous la pression d’une vis en acier, les flancs des filets s’écrasent : c’est le matage. Le profil se déforme, la vis prend du jeu, puis les filets se cisaillent au serrage suivant. Les démontages répétés accélèrent le phénomène. Une règle d’atelier tient compte de cette tendreté : dans l’aluminium, on vise une longueur de vis engagée de 1,5 à 2 fois le diamètre, contre 1 diamètre dans l’acier. Une fois le mal fait, un filet rapporté vient recréer un logement neuf et rendre au trou la tenue qu’il a perdue.

Quelle réparation pour quel dégât ?
Tout dépend de l’état réel du taraudage et de la charge que la fixation encaisse. Le raisonnement reste celui de tout bricoleur qui cherche à choisir une cheville adaptée à son support : c’est la matière qui commande, pas la vis.
| Solution | Quand y penser | Ce qui coince |
|---|---|---|
| Reprise au taraud d’origine | Filets à peine marqués, vis encore guidée | Inutile dès que la matière est arrachée |
| Passage au diamètre supérieur | Pièce épaisse, vis libre de changer | Entraxe et encombrement à revérifier |
| Filet rapporté hélicoïdal | Garder la vis d’origine, démontages fréquents | Perçage bien d’équerre obligatoire |
| Insert à sertir | Tôle, profilé creux, paroi mince | Accès pour la pince nécessaire |
| Mastic métal | Fixation décorative, effort quasi nul | À bannir sur moteur, jante ou cadre |
Poser un filet rapporté dans l’aluminium, étape par étape
Le principe : on agrandit le trou pour y loger une spirale en inox dont le diamètre intérieur reste celui de la vis de départ.
- Percer au diamètre indiqué par le kit, jamais celui d’un taraudage classique. Un M8 réparé se perce autour de 8,4 mm, un M6 autour de 6,3 mm.
- Tarauder avec le taraud spécial fourni, généreusement lubrifié à l’huile de coupe, en revenant d’un quart de tour régulièrement pour casser le copeau.
- Souffler puis aspirer le trou. Sur un carter moteur, la limaille voyage loin.
- Visser l’insert avec l’outil de pose, ergot vers l’avant, sans jamais forcer.
- S’arrêter quand la dernière spire se trouve un quart à trois quarts de pas sous la surface.
- Casser l’ergot d’entraînement au chasse-ergot si la vis traverse l’insert, récupérer la languette, puis engager une vis neuve à la main sur toute la longueur.
Bien choisir la longueur de l’insert
Les longueurs s’expriment en multiples du diamètre. Un 1,5D convient à la majorité des réparations en aluminium modérément chargées. Le 2D devient le bon réflexe dès qu’il y a des vibrations, une charge sérieuse ou des démontages fréquents : pour un M8, cela donne 16 mm d’insert. Le 1D dépanne quand l’épaisseur manque. Côté serrage, comptez des repères prudents de 5 à 8 N·m en M6, 12 à 20 N·m en M8 et 24 à 35 N·m en M10, sauf couple constructeur qui prime toujours.
Un insert inox correctement posé encaisse souvent plus que le filetage d’origine : l’effort se répartit sur un taraudage plus large et la vis ne frotte plus l’aluminium.
Les erreurs qui gâchent une pose propre
- Percer à main levée : l’insert suit le trou de travers, la vis aussi.
- Tarauder à sec, l’aluminium colle alors au tranchant et déchire les filets.
- Laisser des copeaux au fond du trou borgne.
- Poser l’insert à fleur de surface ou trop profond.
- Remonter la vis d’origine matée sur un filetage neuf.
- Confondre deux pas voisins, un M8 x 1 dans un logement en M8 x 1,25.
Reste un point que les bricoleurs oublient : l’inox et l’aluminium forment un couple galvanique. Sur une pièce exposée à l’humidité, au sel ou aux embruns, l’aluminium se corrode en premier. Une pâte anticorrosion compatible avec le couple de serrage protège l’interface, à condition que la fixation ne soit pas prescrite à sec par le fabricant.






