Le bleu charrette est cette teinte douce, à mi-chemin entre le bleu ciel et le gris, qui habille depuis des siècles les volets et les charrettes du sud de la France. Une couleur qui sent bon la Provence, avec une histoire bien plus riche qu’on ne l’imagine. Voici ce qu’elle raconte et comment l’inviter chez vous.
C’est quoi, au juste, le bleu charrette ?
C’est un bleu un peu insaisissable. Une nuance pastel, lumineuse, qui tire selon les versions vers le ciel délavé, le turquoise tendre ou le gris poudré. Son nom vient tout simplement de son usage d’origine : autrefois, on peignait avec les charrettes des campagnes, mais aussi les charrues, les portes et surtout les volets en bois.
On parle aussi de bleu charron, du nom de l’artisan qui fabriquait les roues et les chariots. Les deux appellations désignent la même famille de bleus traditionnels. Pas de référence RAL universelle ici : le bleu charrette reste une couleur vivante, qui varie d’un fabricant à l’autre et d’une région à l’autre.
D’où vient cette couleur charrette ?
Son histoire plonge dans le monde des teinturiers et des pigments anciens. Et elle vaut le détour.
Du pastel des teinturiers aux volets bleus
Avant l’arrivée de l’indigo venu d’Orient à la fin du XVIe siècle, le pastel fut la seule source de bleu disponible en Europe. Cette plante, l’Isatis tinctoria, donnait un bleu exceptionnel en teinture comme en peinture. Sa culture fit la fortune du Lauragais, entre Toulouse, Albi et Carcassonne, au point qu’on surnomma la région le pays de cocagne.
Les paysans récupéraient les fonds de cuves de pastel pour badigeonner leur bois. Plus tard, les peintres composèrent une recette à base de bleu de Prusse et de sulfate de baryte, parfois additionnée de résidus de guède. Le bleu charrette d’aujourd’hui descend en droite ligne de ces préparations artisanales.
Un bleu qui faisait fuir les moustiques
Voilà le détail savoureux : ce bleu ne servait pas que de décoration. Les pigments employés repoussaient les insectes. Volets, contrevents et cadres de fenêtres peints en bleu charrette tenaient ainsi moustiques et autres bestioles à distance.
Ce bleu protecteur orne encore les contrevents de certaines régions, comme sur l’île de Ré.
La vertu insecticide venait surtout de la toxicité de certains composants anciens. Rassurez-vous : les pigments modernes vendus aujourd’hui reproduisent la couleur sans le danger.
À quoi ressemble vraiment la nuance ?
Tout dépend de la main qui la prépare. Le bleu charrette n’est pas une teinte figée mais une palette, ce qui explique pourquoi deux pots étiquetés pareil peuvent surprendre. Voici les trois familles qu’on croise le plus souvent.
| Sous-nuance | Allure | Ambiance déco |
|---|---|---|
| Bleu ciel grisé | Doux, poudré, presque minéral | Apaisante, naturelle |
| Bleu turquoise tendre | Frais, lumineux, légèrement vert | Vive, méditerranéenne |
| Bleu franc et vibrant | Profond, énergique | Audacieuse, graphique |
Mélangé à un liant blanc comme un badigeon de chaux, le pigment donne le plus souvent un bleu ciel qui flirte avec le gris. Ajoutez du blanc et vous l’éclaircissez à volonté, ce qui rend cette couleur très facile à doser selon l’effet voulu.
Comment adopter le bleu charrette dans sa déco ?

Bonne nouvelle : ce bleu se glisse partout sans jamais alourdir. Sur des volets, évidemment, mais aussi sur une porte d’entrée, un meuble chiné, l’encadrement d’une fenêtre ou un pan de mur dans une cuisine. Son côté patiné apporte tout de suite une atmosphère de mas du sud, même en plein appartement parisien. Si vous hésitez encore entre plusieurs bleus, le bleu canard et ses meilleures associations offrent une alternative un peu plus profonde dans le même esprit.
Pour le travailler vous-même, le pigment en poudre se mélange à presque tous les liants : huile de lin, peinture à l’eau, cire, plâtre, chaux. On conseille un dosage maximum de 10 % par rapport au liant. Au-delà, la teinte sature et le rendu perd en finesse.
Les associations de couleurs qui marchent
Le bleu charrette adore la compagnie des tons naturels. Quelques mariages qui fonctionnent à coup sûr :
- Le blanc cassé et les blancs sophistiqués, pour faire ressortir sa fraîcheur
- Les bois bruts et le lin, qui adoucissent et réchauffent
- Les ocres et la terracotta à adopter chez soi, clin d’œil aux pigments du sud
- Le vert sauge ou olive, pour une ambiance jardin méditerranéen
Évitez de le coller à des bleus trop saturés ou trop électriques : il y perdrait son charme un peu fané qui fait justement tout son cachet. Un bleu discret, presque timide, qui n’a pourtant rien oublié de son passé.






